Itaú et OpenAssets ont annoncé le 11 août une collaboration dans le pilote de tokenisation conduit par ANBIMA, l’association brésilienne des marchés financier et de capitaux. Leur cas d’usage doit tester l’émission, la négociation, le règlement et la gestion de titres à revenu fixe et de fonds sur une infrastructure de registre distribué.

L’arrivée de la plus grande banque d’Amérique latine donne du poids institutionnel à l’expérience. Elle ne signifie toutefois pas qu’Itaú a lancé un fonds ou une obligation tokenisés auprès du public : ANBIMA décrit un environnement fermé, sans investisseurs ni argent réels. Le sujet est donc moins un nouveau produit qu’un test des règles et des opérations nécessaires avant une éventuelle mise en production.

Ce qui a été annoncé

Dans un communiqué diffusé le 11 août, OpenAssets dit associer son infrastructure de tokenisation à l’expertise de marché d’Itaú pour un cas d’usage structuré au sein du pilote d’ANBIMA. Le périmètre annoncé couvre des instruments de dette, notamment des debentures brésiliennes, et des fonds d’investissement.

Les travaux doivent inclure des preuves de concept techniques, des choix d’architecture et de standards, ainsi qu’une évaluation des cadres opérationnels et de conformité. Le communiqué ne nomme pas le titre ou le fonds qui sera simulé, la technologie DLT choisie, le calendrier du test ni les critères de réussite.

CoinDesk et Cointelegraph Brasil confirment l’annonce et le périmètre général. Leurs informations centrales proviennent néanmoins du même communiqué. Elles corroborent que la collaboration a été rendue publique, pas que ses résultats techniques ont déjà été obtenus.

Un pilote fermé, pas une émission en direct

Un second reportage de Cointelegraph Brasil sur la présentation d’ANBIMA apporte la limite la plus importante. Erika Lacreta, responsable exécutive du marché des capitaux chez ANBIMA, y décrit vingt cas d’usage sélectionnés autour des debentures, des fonds et de leur combinaison. Les opérations doivent être simulées sur un réseau DLT fermé, sans ressources financières ni investisseurs réels.

Le cas d’Itaú et OpenAssets s’inscrit dans cet ensemble, mais le communiqué ne permet pas de déterminer à lui seul quel scénario précis lui est attribué. Les vingt cas ne sont donc ni vingt produits ouverts au public, ni vingt émissions financées.

Pour les debentures, ANBIMA veut observer tout le cycle de vie d’un titre créé dans l’infrastructure tokenisée. Pour les fonds, l’expérience doit aller au-delà d’une simple représentation numérique de parts et tester des processus de gestion ainsi que des automatisations par contrats intelligents. L’association veut ensuite étudier l’interaction entre l’actif et le fonds dans un même environnement.

Cette architecture expérimentale est prudente : elle permet de faire apparaître des défauts de processus sans exposer des épargnants ou du capital. En contrepartie, elle ne démontre pas encore que le dispositif fonctionne face aux paiements réels, aux contraintes de liquidité, aux erreurs de données ou aux litiges.

Pourquoi la participation d’Itaú compte

Itaú apporte des opérations, des contrôles et des obligations de conformité issus d’une banque active sur l’ensemble de la chaîne financière. Cette présence peut rendre le pilote plus exigeant qu’une démonstration conçue uniquement par un fournisseur technologique.

Elle s’inscrit aussi dans une continuité institutionnelle. Le Banco Central do Brasil avait déjà retenu un consortium conduit par Itaú dans le pilote Drex en 2023. Le nouveau projet porte cette fois sur l’infrastructure de titres et de fonds explorée par ANBIMA, et non sur l’annonce d’une monnaie numérique accessible au public.

L’inférence de GatherHub est la suivante : l’intérêt du partenariat tient moins à la présence d’un grand nom qu’à la possibilité de confronter un registre distribué aux contrôles réellement utilisés dans une banque — séparation des rôles, rapprochement, conformité, conservation, événements sur titres et responsabilité en cas d’erreur.

Cette nuance est essentielle pour les actifs du monde réel. Le cours GatherHub RWA : l’essentiel distingue l’actif sous-jacent, le jeton qui le représente et les institutions qui rendent les droits opposables. Le pilote devra précisément montrer comment ces trois couches restent synchronisées.

Ce que la DLT doit encore prouver

ANBIMA dit vouloir mesurer la réduction des frictions, la traçabilité, l’identification des participants, l’efficacité et les contrôles. Ces objectifs restent pour l’instant des questions de recherche, pas des résultats publiés.

Une infrastructure commune pourrait automatiser certains événements, limiter les ressaisies et donner aux participants une vue plus cohérente d’une opération. Mais une DLT ne garantit pas que les données d’entrée soient exactes, que les droits juridiques correspondent au jeton ou que les responsabilités soient claires lorsqu’un contrat intelligent produit un résultat indésirable.

Il faudra aussi comparer le pilote à l’infrastructure existante. Une amélioration ne se mesure pas seulement au nombre d’étapes supprimées : elle doit intégrer les coûts d’intégration, la gouvernance du réseau, la gestion des identités et des clés, la confidentialité, la continuité de service et les procédures de correction.

Le communiqué d’OpenAssets affirme vouloir faire passer la tokenisation « de l’exploration à la production ». Cette formule décrit une ambition. Sans calendrier, métriques ni résultat public, elle ne permet pas encore d’affirmer que le passage a eu lieu.

Limites et acteurs concernés

Le projet concerne d’abord les banques, gestionnaires de fonds, émetteurs, dépositaires, infrastructures de marché et équipes de conformité. Pour eux, la question est de savoir si une chaîne opérationnelle partagée peut réduire les rapprochements sans affaiblir la protection des investisseurs ni les capacités de supervision.

Les investisseurs potentiels sont concernés plus indirectement. ANBIMA évoque la possibilité de réduire les coûts et les tickets d’entrée par l’automatisation et le fractionnement. Mais le pilote ne teste pas encore la demande, la formation des prix, la liquidité secondaire ou le comportement des porteurs lors d’une crise.

Plusieurs informations restent absentes : identité des autres participants du cas d’usage, technologie retenue, règles de gouvernance, garde des actifs, traitement de la monnaie de règlement, audits des contrats, données accessibles aux superviseurs et articulation avec les registres juridiques existants.

Enfin, ANBIMA est l’organisatrice de l’expérience et un acteur d’autorégulation du marché. Le pilote ne remplace pas les décisions du Banco Central do Brasil ou de la Comissão de Valores Mobiliários sur les activités qui relèvent de leur compétence.

À suivre

Les prochains éléments vérifiables seront la fiche détaillée du cas Itaú–OpenAssets, le choix de l’infrastructure, les actifs simulés et un calendrier. Des indicateurs avant/après sur les délais, les coûts, les rapprochements et les erreurs permettront ensuite de juger l’efficacité alléguée.

Il faudra également connaître le modèle de règlement, les procédures de reprise, l’opposabilité des registres et les conclusions des autorités concernées. Une phase avec actifs ou participants réels constituerait un changement de statut important et devrait faire l’objet de contrôles supplémentaires.

Pour l’instant, l’annonce montre qu’une grande banque accepte de tester une chaîne de marché tokenisée dans un cadre collectif. Elle ne montre ni un produit commercial, ni un volume tokenisé, ni un gain opérationnel mesuré. C’est précisément l’écart que les résultats du pilote devront combler.

Sources consultées

Illustration éditoriale générée par Édito GatherHub selon l’identité « Portail Matière ». Cet article ne constitue pas un conseil financier.